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Dans le cadre des festivités en cours pour le 10e anniversaire, le 5 juin 2018, MIEUX a organisé le Project Lab « Gender in migration policy-making: between protection and empowerment » (La dimension de genre dans l’élaboration de politiques migratoires : entre protection et autonomisation) lors de cette édition des Journées européennes du Développement (JED).

S’appuyant sur les expériences de MIEUX dans le soutien à l’élaboration de politiques migratoires ces dix dernières années, le Lab de 75 minutes visait à faire le point sur la façon dont l’élaboration de politiques relie la question des migrations et la dimension de genre, et si elle aborde les besoins et aspirations des femmes et filles migrantes. Le Lab a présenté au public des exemples concrets d’Actions menées au Costa Rica, au Madagascar et en Sierra Leone, et était animé par Malin Frankenhaeuser, chargée de programmes à l’ICMPD, qui a planté le décor en présentant MIEUX et son rôle dans l’amélioration de la gestion des migrations à l’échelle mondiale ces dix dernières années.

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La migration a une dimension sexospécifique, mais ses politiques sont neutres en matière de genre

Tandis que la plupart des pays mettent en œuvre des mesures n’intégrant pas la dimension de genre, Frankenhaeuser a abordé la tendance parfois trompeuse à aborder la question du genre et des migrations sous l’angle de la protection des individus vulnérables, au lieu de se concentrer sur le potentiel d’autonomisation des femmes et filles migrantes. L’importance de l’intégration d’une dimension de genre dans les politiques migratoires a également été mise en exergue.

Pour en savoir plus sur ces contradictions, consultez la Fiche d’information « Migrations et Genre »

L’UE et l’intégration de la dimension de genre

Membre du Comité de pilotage du projet MIEUX et connaisseuse de longue date des Actions MIEUX, Camilla Hägstrom, directrice adjointe de l'Unité pour la migration et l'emploi au sein de la Direction générale Coopération internationale et développement (DG DEVCO), a contribué au Lab en soulignant l’importance capitale des questions des migrations et de l’égalité des sexes dans le développement ainsi que les priorités clés pour l’Union européenne. Le thème des JED 2018 « Les femmes et les filles à l’avant-plan du développement durable : protéger, autonomiser, investir » émet des réflexions sur cet engagement, qui constitue déjà une composante essentielle de bon nombre de ses politiques, comme le Consensus européen sur le développement, qui relie des thèmes transversaux tels que le genre et les migrations. 

Avec 260 millions de migrants dans le monde, dont la moitié sont des femmes, on ne peut plus nier la dimension sexospécifique de ce phénomène et son important potentiel de contribution. En abordant la question, Hägstrom a également souligné en quoi les femmes et les filles sont souvent plus vulnérables tout au long du parcours migratoire. Tandis que le terme « vulnérable » peut entraîner des mesures de protection accrues pour les personnes perçues comme particulièrement à risque, il est souvent contesté dans la mesure où qualifier de « vulnérables » tous les individus jugés comme appartenant à un groupe spécifique peut enraciner les inégalités et mener à davantage de désautonomisation.

Comment autonomiser et protéger les femmes à travers des politiques migratoires ?

Comprendre les défis auxquels les femmes sont confrontées dans leur propre pays est essentiel au développement de politiques efficaces qui protègent et autonomisent les femmes. Il est nécessaire de produire un contexte spécifique et une recherche situationnelle pouvant servir à générer une politique fondée sur des preuves.

Tels sont les points mis en avant par Ana Isabel Garcia, directrice exécutive de La Fundación Género y Sociedad (GESO), Costa Rica, en abordant certains des obstacles majeurs que nous rencontrons dans l’autonomisation et la protection des femmes à travers les politiques migratoires. Tandis que le Costa Rica possède une politique sur l’immigration qui prend en compte les droits de l’homme, le pays n’intègre pas de dimension de genre dans cette politique en particulier. Des exemples tels que celui-ci sont souvent liés à un manque de données et d’informations sur les expériences de femmes migrantes et sur l’effet bénéfique que peut avoir l’intégration de cette dimension dans des politiques. MIEUX a collaboré avec GESO et le Gouvernement costaricain afin de combler cet écart en soutenant la formulation du second Plan national d’intégration (2018 – 2022), confiant à GESO la rédaction de l’« Analyse du contexte migratoire au Costa Rica ».

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Comment inclure des dimensions de genre dans des politiques migratoires ?

Joseph Teye, directeur à l’Université du Ghana et Expert MIEUX dans l’Action qui a soutenu la formulation de la Politique migratoire nationale de la République de Sierra Leone, a décrit certaines des pistes pour aborder des normes patriarcales qui cantonnent les femmes à des attentes sexospécifiques. Une représentation accrue des femmes à des postes décisionnels peut encourager la concrétisation de politiques intégrant la dimension de genre, tout comme la coopération et les échanges internationaux entre pays, acteurs ou professionnels sensibles à ce sujet. Les politiques qui protègent et autonomisent les femmes n’existeront que si le grand public a conscience de la dynamique sexospécifique dans les migrations.

Afin de garantir que les questions de genre soient abordées dans chaque politique, Teye a souligné que l’intégration de la dimension de genre devait constituer le but. Cependant, dans des pays qui n’abordent généralement pas cette dimension dans les processus d’élaboration des politiques, une approche « hybride » donnant aux politiques accès à des séances d’information générales sur la question du genre et intégrant une section spécifique sur cette dimension au sein de la politique peut pallier ce manque.

En quoi une politique migratoire peut-elle répondre aux besoins des femmes et filles migrantes ?

Lanto Rahajarizafy, directrice chargée de la diaspora au Ministère des Affaires étrangères de la République du Madagascar, a contextualisé son intervention en mettant en exergue certaines données sur les femmes, qui représentent 40 % de la population.

Le Madagascar est considéré comme un pays d’origine pour les travailleurs migrants à l’étranger. L’exploitation professionnelle en Europe comme au Moyen-Orient constitue un problème de taille, de nombreux travailleurs domestiques malgaches étant victimes de la contrebande et de la traite. Cette réalisation a aidé le gouvernement à créer des mesures pour la protection de la diaspora malgache employée à des postes faiblement qualifiés et dans le travail domestique.

Actuellement, MIEUX soutient le gouvernement du Madagascar dans le développement d’une stratégie nationale pour l’engagement de la diaspora, et pourra intégrer les réflexions de cet atelier dans la préparation de futures activités.

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Recommandations

L’événement s'est clôturé par la délivrance de recommandations en vue de futures politiques intégrant la dimension de genre, avec pour toile de fond les Pactes mondiaux de l'ONU sur les réfugiés et les migrations. Concluant le Project Lab, Frankenhaeuser a fait le point sur la discussion de l’événement et a mis en avant les mesures les plus efficaces pour renforcer un cycle de politiques migratoires intégrant la dimension de genre.

Jetez un œil à nos propositions dans la Fiche d’information « Migrations et Genre »

Introspection

  • Les organisations et institutions tentant d’intégrer des perspectives sexospécifiques dans leurs politiques doivent également viser des stratégies internes intégrant la dimension de genre, suivant l’exemple du Plan d’action sur le genre de la DG DEVCO.

Durant l’établissement de l’Agenda/la préparation de la politique :

  • Sensibiliser davantage aux cadres mondiaux actuels et à la façon dont la dimension de genre influence les politiques migratoires nationales et doit y être intégrée.
  • La mise en place de capacités est nécessaire pour créer une plus large compréhension des avantages offerts par l’amélioration des structures et de la dynamique.
  • Il faut poursuivre la recherche sur la façon dont les femmes et la migration féminine sont spécifiquement touchées par diverses politiques sectorielles aux niveaux national et international, ainsi que pour comprendre les facteurs d’incitation et d’attraction pour les femmes dans des pays d’Origine et de Destination.
  • Inclure et aborder les raisons multiples et complexes de la migration des femmes ainsi que les causes fondamentales sexospécifiques dans toutes les politiques dans des pays d’origine et de destination qui sont développées, et dans des ateliers thématiques.
  • Dans le cadre de l’intégration de la dimension de genre dans les politiques migratoires, il est important de ne pas assimiler « genre » à « femmes/filles », mais de reconnaître que la migration touche différemment les femmes et les hommes, et pourrait contribuer à changer la dynamique entre eux.

Formulation et mise en œuvre de politiques

  • Inclure des mesures politiques qui accroissent la protection des migrantes.
  • Promouvoir le renforcement des politiques de protection sociale empiétant sur la migration qui créeront un contexte propice à l’autonomisation de la femme.
  • Fournir des recommandations sur la façon dont d’autres politiques sectorielles peuvent intégrer des sexospécificités.
  • Une approche multipartite de l’élaboration de politiques migratoires est nécessaire afin de garantir la durabilité des politiques et pour améliorer la coopération entre différentes institutions.

Suivi des politiques

Incorporer des cibles sexospécifiques et des indicateurs mesurables qui répondent aux objectifs initiaux et à la recherche entreprise au premier stade du cycle de la politique.


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