Dans cette nouvelle édition d’Expertise, Maria Velizarova, engagée dans l’Action MIEUX Thaïlande II, nous parle de son expérience de travail avec les autorités thaïlandaises et nous explique comment adapter le contenu des formations pour qu’il soit pertinent pour les bénéficiaires et permette de trouver des solutions aux défis rencontrés au quotidien par les praticiens.

Maria Velizarova travaille pour le Centre d’intervention EFÖ-IBF pour femmes victimes de la traite à Vienne, en Autriche. Ses principaux domaines d’intérêt et d’expérience sont l’aide psychosociale et l’accompagnement juridique des victimes de la traite (VdT).

Thailande II est l’action de suivi d’une première Action MIEUX dans le pays, au cours de laquelle l’équipe a collaboré avec la Division de lutte contre la traite des personnes (DATIP) du ministère du Développement social et de la Sécurité humaine (lien en thaï) et d’autres autorités compétentes sur la protection des VdT et la prévention des difficultés liées à l’absence de domicile. Si la première Action portait sur la traite en général, celle en cours a pour objectif, au travers d’une série d’ateliers et d’une visite d’étude en Irlande, de développer les connaissances et les compétences théoriques et pratiques en lien avec la traite des êtres humains et :

  • Les formes spécifiques d’intervention (prévention et protection)
  • Les groupes (femmes et enfants)
  • Les approches (approche genrée et soutien psychosocial)

MIEUX : Vous avez participé à cette Action du début jusqu’à la fin. Quels ont été pour vous ses temps forts ?

Globalement, le fait d’avoir pu participer à tous les ateliers de cette Action a été une expérience enrichissante. Mais pour moi le véritable temps fort de l’Action est le processus que nous avons suivi pour identifier les éléments à intégrer dans les délivrables du projet, c’est-à-dire les trois brochures. Nous sommes parvenus à créer un environnement propice à l’échange d’expériences et d’expertise alors que les sujets à traiter dès le départ étaient assez ardus. Nous avons réalisé que les échanges et les infos des ateliers précédents nous aidaient à bien cerner les défis rencontrés au quotidien par nos collègues thaïlandais. C’était très gratifiant.

Sur un plan plus personnel, le moment clé de l’Action a été de réaliser que je comprenais suffisamment bien la culture locale et mes collègues thaïlandais pour pouvoir partager avec eux mon expérience d’une façon utile. Dans le même temps, cela a aussi été très enrichissant d’être confrontée à la TEH sous l’angle thaïlandais et de découvrir l’approche thaïe de l’aide aux VdT qui est beaucoup plus collective que ce que j’ai l’habitude de voir.

MIEUX : En tant qu’experte et formatrice, comment faites-vous pour adapter les formations aux besoins des autorités partenaires ?

Comme les deux parties ont toujours été très claires dans leurs commentaires post-ateliers, il a été très facile d’ajuster et d’adapter les contenus aux besoins spécifiques du groupe et d’affûter la méthode de travail pour l’atelier suivant. Nous sommes parvenus à impliquer les participants tout en leur laissant suffisamment d’espace pour partager et échanger leurs expériences. Comme les positions et domaines d’expertise au sein du groupe élargi étaient très disparates, nous avons créé des groupes de travail plus restreints sur des sujets spécifiques. Cela a permis de cibler en détail les questions selon plusieurs angles et puis de confronter les expériences de chacun.

MIEUX : Quels sont les grands points à prendre en compte lorsque l’on passe d’une approche générale de la lutte contre la TEH à une approche plus ciblée ?

Il faut avant tout connaître les spécificités de chaque problématique sur le plan théorique et les difficultés liées à la mise en œuvre. Il est important d’expliquer brièvement les problématiques (vulnérabilité des enfants, approche différenciée hommes-femmes et prise en charge des traumatismes psychosociaux) en général pour pouvoir ensuite les replacer dans le contexte plus spécifique de la TEH. Chacune de ces thématiques étant très vaste, le mieux était de se concentrer sur les principales difficultés rencontrées par les autorités thaïlandaises dans chacune d’elle tout en renforçant parallèlement les capacités à comprendre et à répondre aux besoins particuliers des personnes victimes de la traite qui, en plus du traumatisme subi, doivent surmonter les vulnérabilités propres à leur âge, sexe ou santé mentale. 

MIEUX : Trois brochures, une par thématique, seront éditées. En quoi vont-elles aider les pouvoirs publics et les autres agences à mieux accompagner les VdT ?

Les brochures font la synthèse des discussions en ateliers qui ont mis en lumière les grandes difficultés rencontrées par nos collèges thaïlandais sur le terrain en donnant pour chacune d’elles les premières mesures à prendre. Les brochures peuvent donc être utilisées à des fins de sensibilisation pour expliquer les défis rencontrés dans l’application pratique des principes théoriques mais aussi servir comme point de référence pour l’élaboration de stratégies d’action et, enfin, elles constituent un outil précieux pour les autorités dans leur travail quotidien de protection des VdT.