Group photo Cotonou

L'initiative conjointe UE-ICMPD sur l'expertise en matière de migration dans l'UE (MIEUX) a réuni 20 participants, autorités partenaires,experts et de membres du personnel de MIEUX, pour un atelier de deux jours sur les migrations et l'environnement à Cotonou. Cet événement est la dernière d'une série d'activités exécutées à la demande du Ministère du Cadre de Vie et du Développement Durable du Bénin, du Secrétariat d'État pour l’environnement de la Guinée-Bissau et du Ministère de la Planification, du Développement et de l'Aménagement du territoire du Togo, en 2015.

Quelle est la pertinence de cet atelier?

L’Afrique de l’Ouest est la région la plus mobile du monde, représentant 58% des flux migratoires mondiaux et est l’une des régions les plus vulnérables au changement climatique à cause de la multiplicité des régions du delta et des États insulaires. Cela en fait une région pertinente et importante pour étudier les liens entre migration et changement climatique, comme a indiqué Dr. Carolyn Zikgraf, experte mobilisée par MIEUX pour cette Action.

L'élévation du niveau de la mer, la salinisation du sol, les inondations, la sécheresse, la désertification, l'intensification du vent et les vagues de chaleur ne sont que quelques exemples des nombreux changements environnementaux qui affectent les moyens de subsistance des populations locales, menacent la sécurité alimentaire et obligent un nombre croissant de personnes à se déplacer vers et en Afrique de l'Ouest: il y a un volume important de déplacements internes et de mouvements transfrontaliers.

Etant donné que la dégradation de l'environnement dans la région devrait continuer avec le réchauffement climatique, il semble essentiel de mettre en œuvre des cadres et des politiques qui ciblent le lien entre migration, environnement et changement climatique aux niveaux local, national et régional, et plus spécifiquement le rôle que joue la migration comme potentielle de forme d’adaptation pour personnes déplacées par des catastrophes naturelles. 

Initiatives nationales et multi-pays

L'atelier poursuit les objectifs de l'Action de contribuer à l'établissement d'un dialogue régional sur les migrations, le changement climatique et les questions environnementales entre les pays de l'Afrique de l'Ouest. Venant du Bénin, du Burkina Faso, de la Guinée-Bissau, du Ghana, de la Mauritanie, du Niger et du Sénégal, les délégués ont partagé plusieurs initiatives menées au niveau national au cours des deux dernières années. Sheikh Moinul Islam Moin, Chef adjoint de la Commission de la planification, expert du MIEUX au Bangladesh, a également partagé les pratiques de son gouvernement en matière de lutte contre les effets du changement climatique.

Bangladesh: le Bangladesh figure parmi les 5 pays les plus vulnérables au changement climatique. Une prise de conscience croissante des effets dévastateurs sur la population locale et du potentiel de déplacement à grande échelle a suscité une action gouvernementale coordonnée à plusieurs niveaux, en particulier dans le domaine de la préparation aux catastrophes. Les initiatives concrètes comprennent la formulation d’un « calendrier des catastrophes » qui cartographie chaque mois le risque de catastrophe selon un système visuel de signalisation, permettant ainsi à tous les organismes et services gouvernementaux d’être préparés en cas de catastrophe naturelle.

Bénin: Portée par une vision globale du Bénin en tant que pays sans carbone et résistant au changement climatique à l’horizon 2030, la stratégie du gouvernement vise à contribuer au développement durable en intégrant les questions liées au climat et à la migration dans la planification opérationnelle et stratégique nationale.

Burkina Faso: le gouvernement accorde une grande importance à la gestion durable des terres afin de garantir une production agricole suffisante et durable, éviter les effets néfastes sur l'environnement et inverser la dégradation des sols. Le gouvernement a défini des objectifs nationaux à atteindre d'ici 2030, en articulant d'autres objectifs et stratégies liés à l'adaptation au climat et à la vie rurale, notamment en créant un réseau de 2 000 éco-villages en 2018.

Multi pays: l'Initiative 3S, co-présidée par le Sénégal et le Maroc et gérée par un groupe de travail composé de 12 pays africains, a été lancée en 2016 lors de la COP22 et vise à s'attaquer aux principales causes environnementales à l'origine de l'instabilité et de l'insécurité liées au changement climatique et à la dégradation des terrains en Afrique, créant deux millions d'emplois et réhabilitant 10 millions d'hectares de terres dégradées d'ici à 2025.

Recommandations et opportunités

 

Conformément aux suggestions incluses dans la fiche d'information régionale de MIEUX sur l'Afrique de l'Ouest, cet atelier a mis l'accent sur la nécessité de penser au niveau régional lorsque l'on tente de développer la gouvernance des migrations. Deux jours de discussions ont abouti à un certain nombre de recommandations intéressantes, énumérées ci-dessous:

Collecte de données: les participants ont jugé nécessaire et de la plus haute importance de créer un modèle commun pour une future enquête ouest-africaine qui mesurerait les liens entre les déplacements, le climat et les changements environnementaux, afin de fournir des "données fiables" à la formulation de politiques, stratégies et plans d'action publics fondées sur des connaissances et des données factuelles.

Financement: le lien entre migration et changement climatique n’est pas encore pleinement compris dans toute sa complexité, en partie à cause du manque de données, ce qui entrave la capacité des États à coopérer avec les donateurs internationaux, ces problèmes n’étant encore intégrés dans les priorités de financement. Il est donc nécessaire d'accroître les possibilités de financement en sensibilisant les donateurs internationaux à l'importance du changement climatique et à ses liens importants avec la migration forcée ou d’adaptation.

Stratégies nationales: créativité et résilience définissent l'approche adoptée par les États de l'Afrique de l'Ouest pour lutter contre la dégradation de l'environnement, les migrations et les déplacements liés au climat. Des accords régionaux tels que la Convention de Kampala, associés à des mécanismes favorisant l’échange de connaissances et de pratiques telles que MIEUX, peuvent faciliter l’intensification des dialogues régionaux et intra régionaux afin de partager et éventuellement de reproduire les bonnes pratiques déjà existantes dans les pays repectifs.

Coordination: au niveau national, des points focaux devraient être désignés dans chaque pays et être facilement accessibles aux ceux acteurs externes qui souhaitent entreprendre des projets d’actions de coopération. La désignation des points focaux devrait être coordonnée avec les initiatives et cadres actuels au niveau de la CEDEAO.

L 'avenir regorge de possibilités, car en décembre 2018, le groupe de travail sur les personnes déplacées présentera ses recommandations à la 24eme session de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP24). De même, le Pacte mondial sur les migrations, qui cible le changement climatique dans le cadre de l’objectif 2, peut offrir de nombreuses possibilités d’élaborer des stratégies, des plans d’action et des programmes pour préparer, atténuer, adapter et renforcer la résilience des individus et de ces communautés  à partir de 2019.


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