Lors de cette édition des Réflexions de l'initiative MIEUX, Pauline Dunoyer de Segonzac, coordinatrice de MIEUX pour l'Afrique de l'Ouest, a partagé ses observations au sujet de la mission qu’elle a effectuée en septembre, au cours de laquelle elle a accompagné une délégation de fonctionnaires chargés de la gestion des frontières maritimes du Nigeria dans le cadre d'une visite d'étude de cinq jours à Malte. La visite d'étude fait partie d'une Action en cours en six étapes conçue pour apporter une assistance au Service d'Immigration nigérian dans ce domaine.

Q1. Malte et le Nigeria forment une paire improbable. Pourquoi avez-vous pensé que Malte constituait la meilleure destination pour la visite d'étude de la délégation nigériane ?

Pauline :

« Les situations à Malte et au Nigeria peuvent être vues comme très différentes en termes de population et de flux de migration. Toutefois, Malte compte un grand nombre de bonnes pratiques en matière d'assistance et de services fournis aux migrants, et plus spécifiquement dans le domaine de la gestion des frontières maritimes, car elle n'est accessible que par la mer. Il y a également un grand nombre d'organisations internationales et non gouvernementales basées à Malte et, par conséquent, la délégation nigériane a pu rencontrer un grand nombre d'acteurs différents et découvrir différents points de vue.

En outre, Malte est bien connue pour le  Sommet de 2015 sur la migration entre UE et Afrique et pour être un État membre de l'UE très actif dans le domaine de la gestion de la migration. Si l'on réfléchit à la migration irrégulière, les nigérians comptent parmi les cinq principales nationalités arrivant via la route de Méditerranée centrale. Par conséquent, quoi de plus logique que de solliciter Malte pour accueillir cette visite d'étude ?

En fait, MIEUX soutient le Nigeria depuis 2016 en matière de gestion des frontières maritimes et de migration irrégulière en développant un cursus de formation à l'attention du Service d'immigration du Nigeria (SIN). Avant cela, la gestion des frontières maritimes était un domaine ayant fait l'objet d'une attention très limitée ; mais face aux besoins toujours croissants, le gouvernement a décidé de faire de ce sujet une priorité.

L'Action en cours en six étapes a été conçue en incluant des experts d'Italie, de Lituanie et du Portugal. Ils ont été déployés dans le cadre de plusieurs missions afin de travailler aux côtés de leurs homologues nigérians à l'élaboration du cursus de formation par le biais d'un certain nombre d'activités.

La visite d'étude constitue une des étapes de cette Action. Elle est conçue pour apporter des connaissances plus pratiques aux membres du groupe de travail technique chargé de l'élaboration du cursus. C'est ce que nous faisons, essentiellement : garantir le transfert de connaissances entre l'UE et les administrations des pays du sud au niveau des intervenants spécialisés.

De la même façon, la visite d'étude a également offert l'opportunité aux acteurs impliqués d'améliorer leur coopération bilatérale. Il ne s'agissait pas uniquement d'apprendre les uns des autres ; mais également de renforcer les partenariats entre les deux continents et de trouver un terrain commun pouvant entraîner des améliorations de la gestion de la migration pour le Nigeria. »

Q2. Quel a été le temps fort du voyage pour vous ?

Pauline :

« Cette visite d'étude était un mélange d'échanges de connaissances théoriques et pratiques entre des acteurs nationaux, non gouvernementaux et internationaux. Chacun d'entre eux a un rôle à jouer et contribue à l'amélioration de la gestion de la migration.

Il est à vrai dire assez difficile de choisir un temps fort ! Nous avons vraiment travaillé sur le programme pour veiller à ce que toutes les réunions présentent un intérêt significatif. Néanmoins, pour moi, ce seraient les visites à l'escadron maritime et à l'escadre aérienne des Forces armées de Malte, car elles m'ont permis d'avoir un aperçu concret de leur implication dans les opérations de recherche et de secours ; de l'éventail de service qu'ils fournissent aux migrants ; et de la coordination avec les autres acteurs en Méditerranée.

Même si nous savons tous que ces opérations de recherche et de secours ont lieu, c'est quelque chose de différent de parler aux personnes qui les dirigent réellement, et qui risquent parfois leur propre vie pour sauver ces milliers de migrants au quotidien. »

Q3. Pouvez-vous résumer cette visite d'étude en trois mots ? 

Pauline :

Le premier serait « échange » car cette mission représentait le meilleur du transfert de connaissances ! Les compétences et le savoir-faire technique interchangeables entre les pairs s'avèrent extrêmement efficaces pour relever les défis quotidiens.

Le second qui me vient à l'esprit est « apprentissage » car j'ai moi-même, ainsi que toute la délégation, appris beaucoup de choses grâce aux expériences, aux capacités et aux compétences des Maltais.

Le troisième serait « amélioration », car j'ai développé mes connaissances sur le sujet dans son ensemble, ce qui m'aide à rassembler des connaissances essentielles sur lesquelles je pourrai compter dans le cadre d'actions futures avec MIEUX.


Les Réflexions de l’initiative MIEUX sont une série continue qui offre un espace dans lequel nos chargés de projet peuvent partager leurs observations concernant leurs récentes missions. Sur n'importe quelle semaine donnée, un membre de l'équipe MIEUX, accompagné d'un groupe d'experts, peut être déployé dans le monde entier pour soutenir des pays partenaires de l'UE afin de réviser, de faire évoluer et de renforcer leurs politiques migratoires. Ces missions offrent l'opportunité d'interagir avec un éventail complet d'acteurs au niveau local, régional et/ou national qui sont impliqués dans les activités du programme MIEUX.

Une fois sur place, les nombreux mois de préparation prennent vie et inspirent l'équipe du projet pour aller de l'avant et appliquer les leçons apprises dans le cadre de nouvelles activités.