Carmem Barros quote

Dans ce numéro d’Expertise, publié à l’occasion de la Journée mondiale des villes, experts et partenaires font part de leurs réflexions sur l’intégration locale et sur le rôle central des services municipaux et du gouvernement pour faciliter la transition des immigrants vers leur pays de destination.

Ces dernières années, les gouvernements locaux ont multiplié les efforts de coordination et de coopération en matière d’aide, d’intégration, de protection et de services aux immigrants. L’une des économies les plus dynamiques d’Afrique, le Cap-Vert, collabore avec MIEUX à la mise en place d’un cadre global destiné à faire fructifier la relation entre la migration et le développement. Après avoir contribué à la formulation de la Stratégie nationale pour l’immigration, MIEUX aide aujourd’hui le Cap-Vert à renforcer le rôle des municipalités locales au moyen d’un Plan d’action municipal pour l’immigration et l’intégration qui prévoit toute une série d’activités et le déploiement d’experts portugais.

À l’occasion de cette édition d’Expertise, il nous a semblé intéressant d’en apprendre un peu plus sur cette Action auprès du point focal pour le Cap-Vert et de l’un des experts participants.

  • Carmem L. Teixeira Barros Furtado dirige la Direction générale de l’Immigration au sein du ministère de la Famille et de l’Inclusion sociale du Cap-Vert. Elle a été le point focal de plusieurs actions MIEUX dans le pays.
  • Maria Assunção Fernandes Lopes Tavares, Experte-responsable du service social du du Centre local de soutien à l’intégration des migrants (CLAIM) des districts municipaux portugais, est l’une des experts déployés sur cette Action en qualité de coordinatrice des travailleurs sociaux pour le conseil municipal d’Oieras au Portugal.

MIEUX : Quel avantage y a-t-il à faire des gouvernements locaux le point focal pour l’aide aux migrants ?

Carmem : S’il est vrai que le terme migration internationale implique le franchissement d’une frontière nationale, la présence physique et l’intégration sociale des immigrants sont, elles, une affaire de villes, de régions et de quartiers. En fait, toute action humaine a un ancrage géographique : pour qu’une personne puisse vivre et participer à la vie d’un pays, il ou elle doit d’abord s’établir dans un certain quartier ou ville.

Bien que les autorités centrales restent responsables, les défis liés à l’immigration au Cap-Vert ont montré la nécessité mais aussi l’importance des actions menées localement par les municipalités sur les différentes îles. Si la Stratégie nationale sur l’immigration, élaborée avec le soutien de MIEUX, demeure une compétence nationale, le processus d’intégration d’un immigrant démarre là où il vit, travaille et où ses enfants vont à l’école.

Les pouvoirs locaux sont de ce fait physiquement plus proches des communautés et des immigrants et cette proximité peut leur donner une meilleure compréhension de leurs besoins et préoccupations. De plus, les instances locales, ont, généralement, une mission de service aux communautés locales et forment, donc, avec les acteurs non étatiques, la première ligne en matière de développement local. Elles sont à la fois l’interlocuteur et le représentant principal de l’État dans les différentes îles et villes.

Maria Assunção: Je partage les observations de Carmem. Les municipalités sont un pouvoir local démocratiquement élu. Elles représentent donc leurs communautés et entretiennent des liens très étroits avec les immigrants. Elles ont les ressources, les compétences et les réseaux nécessaires pour nouer des relations fondées sur l’empathie, comprendre et analyser la situation d’un(e) immigrant(e) et faciliter son intégration économique, sociale, politique et culturelle. 

MIEUX : Quel changement attendez-vous en termes de coordination interagences à l’issue de cette Action ?

Maria Assunção : Les immigrants rencontrent souvent de nombreuses difficultés par rapport à leur situation personnelle et à leurs conditions de vie. Leur inclusion dans leur société d’accueil passe par toute une série de mesures (notamment santé, éducation, régularisation des documents, sécurité, emploi) qui doivent être organisées en partenariat et en coordination avec les différentes agences compétentes et en collaboration avec les autorités. Le rôle clé des professionnels de l’accueil et de l’aide aux immigrants est de comprendre chaque situation individuelle et de mobiliser les ressources qui s’imposent auprès de tous les partenaires (services publiques, entreprises, associations de migrants et ONG).

Carmem : Toutes les études institutionnelles sur les défis de l’intégration sociale des migrants montrent que le manque de coordination entre les différentes politiques est une problématique majeure aussi bien entre les différents secteurs comme l’emploi, l’éducation, la santé, le logement, la culture ou le sport qu’entre les différents niveaux de gouvernement. En tant qu’institutions publiques, il nous faut sans cesse trouver des solutions créatives et cohérentes pour améliorer la coordination interinstitutionnelle.

Au niveau local, les mesures, les projets et les actions diffèrent d’une région à l’autre en fonction des acteurs présents (gouvernement central, local, ONG, associations de migrants, secteur privé, etc.). Lors de l’élaboration du Plan d’action municipal pour l’immigration et l’intégration et du Manuel de procédure avec MIEUX, nous avons cherché à impliquer, en plus des pouvoirs locaux, les acteurs non étatiques, en particulier les associations de migrants. Cela nous semblait important puisqu’elles allaient être les acteurs essentiels de la mise en œuvre du Plan.

À cet égard, la présence permanente de mécanismes fonctionnels de coordination locale est impérative, à l’instar d’un comité municipal qui permet à tous ces acteurs de participer et de coordonner leurs activités respectives. Les experts déployés pour l’Action nous ont soumis une idée intéressante pour garantir la pérennité du Plan : mettre en place un réseau intermunicipal composé de représentants de chaque municipalité qui se réunira au moins une fois par an pour partager et échanger les bonnes pratiques en matière d’intégration sociale des migrants et optimiser les mesures.

MIEUX : Hormis le fait d’être le premier niveau d’aide aux migrants, comment les autorités et agences locales pèsent-elles selon vous dans le débat sur la migration au niveau national ?

Maria Assunção: Généralement parlant, les municipalités et les agences locales sont les ambassadeurs de la société d’accueil. Elles sont aux premières loges pour tout ce qui concerne l’aide aux migrants et c’est cette relation qui fera qu’un immigrant se sentira le bienvenu ou non. Je pense qu’en préservant l’égalité des droits et la dignité des migrants, les instances et les agences locales influencent l’opinion publique et défendent l’égalité en matière de traitement, de chances et de reconnaissance du statut de citoyen à part entière pour les migrants. 

Carmem : Nous pensons qu’il est important que les municipalités soient préparées à aider, à informer et à accompagner les migrants. Il est donc important de développer les capacités techniques des agences locales pour qu’elles puissent remplir leur mission de manière cohérente et répondre aux besoins des migrants. Par ailleurs, il me semble primordial que les autorités locales aient une approche stratégique de la migration qui prévoit l’intégration des migrants dans la société et de la dimension migration dans la planification du développement local. Les pouvoirs locaux ont certes la charge de l’aide aux migrants mais la migration est aussi une formidable opportunité pour le développement local des villes.

MIEUX : Y a-t-il un programme d’intégration ou d’aide au niveau local que vous trouvez particulièrement intéressant ? Pensez-vous qu’il serait possible de le transposer dans votre contexte ?

Maria Assunção : Les plans nationaux et les plans municipaux d’accueil des migrants créent des programmes et des projets à différents niveaux. Une politique nationale d’ouverture à l’égard des migrants reconnaît la valeur de ce qu’ils apportent à la société. Au niveau local, les bureaux d’appui aux immigrants, comme ceux qui existent au Cap-Vert, sont les ambassadeurs de la société d’accueil. Ils accueillent les nouveaux venus et servent de médiateurs interculturels, non seulement en donnant accès à la culture du pays de résidence mais aussi en créant des possibilités de valoriser celle d’autres communautés d’immigrants via des programmes culturels, sociaux et de loisirs dans les écoles, les paroisses, les communautés et les municipalités. Le suivi et l’évaluation de ces programmes par le réseau de partenaires garantit l’amélioration constante des mesures. 

Carmem : Il y a de bons exemples partout. L’année dernière, dans le cadre de l’une des activités de l’Action, une visite a été organisée à Lisbonne et à Oeiras au Portugal, des villes d’émigration cap-verdienne, pour découvrir des projets d’intégration sociale pour les migrants à forte assise locale. En Afrique, le projet de retour et réintégration durable des migrants rwandais de l’ONU offre aussi une approche locale intéressante.

Le défi consiste à l’appliquer à notre contexte local ! Le Cap-Vert ne dispose pas des moyens ou des ressources du Portugal et, géographiquement, est bien plus petit que le Rwanda. Toutes les bonnes pratiques et exemples inspirants sont de formidables enseignements qui nous aident à trouver la solution la mieux adaptée à notre contexte mais ne sont pas forcément des modèles à suivre aveuglément. L’objectif ultime de notre collaboration avec MIEUX serait de créer de nouvelles « bonnes pratiques » en termes d’intégration locale des migrants.

 

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