Gloria Rendón a agi en qualité d’Expert pour plusieurs Actions MIEUX en Amérique latine et aux Caraïbes. Actuellement, elle fait partie de l’équipe travaillant sur Costa Rica III, Action visant à réviser l’actuel Protocole pour les Situations migratoires particulières. Elle est basée à Barcelone, où elle travaille pour le Service d’accueil pour les immigrés, émigrés et réfugiés du Conseil communal.

Dans cette édition d’Expertise, elle partage avec nous certaines réflexions sur sa récente mission, sur la complexité et la nature multidimensionnelle des migrations, et sur la façon dont son rôle d’Expert pour MIEUX l’a aidée à renouveler son approche du travail quotidien.

MIEUX : Vous comptez parmi les Experts impliqués dans la nouvelle Action Costa Rica III. À ce titre, vous avez récemment voyagé dans les régions frontalières du nord et du sud du Costa Rica afin d’entreprendre une évaluation des besoins et défis rencontrés par le personnel de l’Équipe chargée des Situations migratoires particulières (ESME) dans son travail quotidien. Pouvez-vous nous citer trois temps forts de ce voyage ?

Il y aurait de nombreux points à citer, mais voici mon Top 3 pour cet article :

Tout d’abord, au Costa Rica, j’ai pu vérifier un phénomène qui se reproduit à l’échelle mondiale : la résilience et la force des migrants et des réfugiés. J’ai vu leur volonté de réussir malgré les expériences négatives par lesquelles ils sont passés. Cela m’a fait réfléchir sur l’importance de placer la vie humaine au-dessus de tout et de ne pas oublier qu’il devrait être de la responsabilité de chacun d’éviter davantage de souffrance.

Ensuite, il vaut la peine de mentionner les flux de migrants et de réfugiés asiatiques et africains qui se fraient un chemin jusqu’aux États-Unis et au Canada depuis des années. Ces flux ne sont pas très visibles et pourtant constants à travers l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud.

Dernier point et non des moindres : les conversations que nous avons tenues avec des fonctionnaires, la société civile et des migrants ont réaffirmé l’importance de développer des politiques migratoires à travers une approche multidimensionnelle et multiniveaux pour relever des défis plus divers et complexes en matière de migration, comme le Gouvernement du Costa Rica s’efforce de le faire.

MIEUX : Le Costa Rica fait face à une flambée des flux migratoires de transit depuis 2014. Pouvez-vous évaluer les similitudes et les contrastes entre l’approche suivie par le Costa Rica pour aborder ce phénomène et ce que nous connaissons en Europe depuis 2015 ?

En termes de pourcentages comparatifs, le Costa Rica est le pays de la région qui reçoit plus de migrants, permanents et de transit, et le gouvernement gère les flux entrants à travers une approche intégrée des droits de l’homme. En période de hausses inattendues, comme en 2015, on a essayé de réagir rapidement, en fournissant l’accès à des services publics fondamentaux tels que les soins de santé. 

À la différence de l’Europe, le Costa Rica n’a pas un long passé d’accueil de migrants depuis l’extérieur du continent américain, et investit des efforts concertés pour faire face à cette nouvelle réalité, reconnaissant que certains migrants sont de transit, mais que d’autres resteront et qu’il convient de définir des programmes et projets pour juguler cette tendance. J’admire les efforts investis par les Costaricains, et simultanément leur conscience des limitations, des menaces et des difficultés d’aborder des questions telles que la consolidation des frontières, la réalisation de l’égalité pour tous les immigrants ainsi que la reconnaissance d’une diversité sociale et culturelle dans tous les domaines.

MIEUX : Face aux difficultés de l’approche de la contrebande et de la TEH (traite des êtres humains), quelle est la pertinence d’une révision du Protocole pour l’ESME ? À quoi espérez-vous contribuer par votre implication dans cette assistance technique ?

Le Gouvernement du Costa Rica a demandé que nous collaborions à l’amélioration du Protocole pour les Situations migratoires particulières, priorisant entre autres : la contrebande des migrants ; la traite des êtres humains ; les réfugiés ; les migrants à risque ; les naufrages ; et les crises d’ordre sanitaire. Ces questions sont pertinentes étant donné la nouveauté et la complexité de certaines situations. Durant notre première visite [une mission d’évaluation], nous avons appris les uns des autres et sur cette base, nous partagerons des connaissances et expériences qui alimenteront de futurs protocoles réalistes et appropriés à leurs contexte et ressources. 

Vous avez été impliquée dans plusieurs Actions MIEUX par le passé. En pensant à ces pairs qui songent à intervenir en qualité d’Experts dans des missions d’assistance technique à l’étranger, mais qui n’ont pas encore franchi le pas, pourriez-vous citer trois avantages dérivés de ce genre de travail ?

Premièrement, les questions migratoires ne cessent de gagner en importance dans le contexte de politiques publiques. Parfois, le train-train quotidien nous empêche de voir que bon nombre des défis auxquels nous sommes confrontés sont communs à ceux d’autres professionnels, et que notre expérience peut aider les nouveaux arrivants à affronter des situations nouvelles ou à les aborder sous un autre angle. Deuxièmement, les réponses aux défis posés par la migration ne sont pas de simples procédures qu’il faut copier-coller. En participant à des Actions MIEUX, j’ai travaillé dans d’autres contextes ; cela m’a incitée à soulever davantage de questions, mais a également suscité de nouvelles propositions en vue d’améliorer les projets dans lesquels je travaille au quotidien. Troisièmement, sur le plan personnel, mon respect, ma reconnaissance et mon adaptation à différents contextes se sont incontestablement améliorés, de même que ma capacité à voir le tableau plus large au-delà des détails quotidiens de mon travail, de sorte que « la forêt ne cache pas l’arbre ».